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Diaporama de Gaëlle Lasbleiz Payse de France 2005


CROYANCES ET SUPERSTITIONS

AU DEBUT DU XX° SIECLE
 

La Bretagne du début du siècle est une région fortement chrétienne.

Les églises sont assidûment fréquentées les dimanches comme les jours des grandes fêtes religieuses.

Cependant, avant d’être catholique la Bretagne était païenne et certaines croyances ou superstitions ont résisté à la religion catholique.

Citer l’ensemble  prendrait probablement des jours tant elles sont nombreuses.

C’est pourquoi j’ai choisi d’aborder seulement certaines d’entres elles de façon à donner un aperçu de ce qu’elles étaient et peut-être de vous donner envie d’en savoir plus.

 

J’aborderai donc successivement les thèmes suivants :

  1. Les croyances autour des pierres et des fontaines sacrées

  2. Le culte des Saints

  3. Les guérisseurs et rebouteux

  4. Les sorciers

  5.  Les croyances autour de la mort

 

I.      Les croyances autour des pierres et des fontaines sacrée

a.      Le pouvoir des pierres

Les dolmens, les menhirs, les allées couvertes exercent toujours en nous une grande fascination.

1.      Les pierres comme Oracle

 

Pour les Bretons du début du 20eme siècle, ces pierres pouvaient servir d’oracle.

Ainsi, grâce à la Pierre Longue de Plouer Sur Rance, une jeune fille pouvait savoir si elle allait se marier.

Pour cela elle devait glisser 7 fois sur la pierre en culotte de baptême. L’absence d’écorchure laissait présager un prochain mariage. 

De même à Saint Samson, la pierre longue était consultée aussi bien par les Bretons que les Bretonnes : en grimpant au sommet de ce menhir, puis en se laissant glisser en bas, sans la moindre égratignure ou écorchure, on était sûr(e) de trouver un mari ou une épouse, dans l’année

De nombreuses pierres branlantes ou rochers tremblants étaient aussi visités par des maris inquiets de la fidélité de leur épouse comme le Rocher tremblant d’Huelgoat ou la pierre tremblante de Tregunc  .

En effet, un mari trompé ne peut pas faire bouger la pierre alors que dans le cas contraire, un doigt suffit à la remuer.

2.      Les pierres favorisant la fécondité

Certaines pierres ou mégalithes avaient aussi le pouvoir de favoriser la fécondité.

C’est certainement en raison de sa forme phallique que le menhir a été, de tout temps, l’objet de rites plus ou moins secrets.

Par exemple,  à Plouneour Lanvern, danser autour du menhir devait permettre aux jeunes filles de s’assurer de la protection de Saint Eneour pour se marier et avoir des enfants.

Le menhir de Kerloas en Plouarzel était, quant à lui, l’objet d’un culte très suivi.

Ce menhir présente, à un mètre du sol, deux bosses diamétralement opposées. Les jeunes mariés venaient se frotter l’abdomen contre les rondeurs de la pierre, la femme d’un côté, le mari de l’autre. De cette façon, ils étaient assurés, lui d’avoir des enfants mâles, elle de dominer son époux.

b.     Les fontaines sacrées

Les druides vénéraient les fontaines. Ils les rendaient capables de guérir ou de féconder en prononçant des incantations.

Pour tenter de faire oublier cette origine païenne, le clergé leur a donné des protecteurs chrétiens.

Les fontaines sacrées permettaient :

-         la Guérison : chaque fontaine a sa propre spécialité mais les rhumatismes, la goutte, la rage, les fièvres et les affections des enfants sont celles que l’on trouve le plus fréquemment.

On peut par exemple citer la fontaine de Saint Laurent de Pouldour . Il faut se mouiller le corps après s’être dénudé presqu’en entier ou s’assoire dans l’eau du bassin, grâce à quoi on est prémuni ou guéri des rhumatismes.

-         la fécondité : certaines fontaines avaient un pouvoir contre la stérilité des femmes ou des femelles d’animaux. D’autres encore procuraient du lait aux nourrices.

La Fontaine de la Vierge ou Fontaine des Nourrices

ou Feunteun al Laez  de Bulat-Pestivien

-        la divination : certaines fontaines sont utilisées pour connaître la date d’un mariage ou la santé future d’un enfant.                                 
Né en  1897, mon arrière grand père était l’aîné de 9 enfants et habitait Louargat. Lorsque l’un de ses frères était malade, ses parents lui demandait de se rendre à la fontaine Saint Tugdual de Plougonver (8 km du domicile)  – si la chemise de l’enfant malade flottait alors l’enfant allait guérir et on appelait le médecin, si la chemise coulait alors l’enfant allait mourir et il était inutile d’appeler le médecin – Une fois, c’est un des frères de mon arrière grand père qui est allé à la fontaine car Alexandre (un autre de ses frères était malade après avoir attrapé froid en gardant les vaches). Cette fois là, la chemise a coulé. Mes arrière-arrière grands parents n’ont donc pas appelé le médecin et Alexandre  est décédé -  Mon arrière grand père, quant à lui,  trouvait que la fontaine était trop loin alors il s’arrêtait au premier étang, trempait la chemise et affirmait à ses parents qu’elle avait flotté

-         la protection : certaines sources sacrées protègent les animaux de tout mal. Ma grand-mère paternelle allait chercher de l’eau à la fontaine Saint Jorand à La Belle Eglise en Plouëc-du-Trieux   pour en donner à ses vaches et ainsi les protéger de la maladie.

II.  Le culte des saints

En Bretagne, on compte 7847 saints mais seulement 3 sont reconnus par Rome :

Saint Yves, Saint Vincent et Saint Guillaume.

Les Bretons du début du 20eme siècle sont très proches de leurs saints. Ils leur prêtent des pouvoirs extraordinaires. Ils leur réclament pluie ou soleil, abondantes récoltes, bonne santé, amour et prédiction de l’avenir.

En un mot, le breton demande aux saints de régler tous les petits et les grands problèmes de l’existence.

On souhaite se marier : alors on pique une épingle dans le nez de Saint Guirec . On souffre d’ulcères ou de furoncles : alors on offre des clous à Saint Maudez. Celui-ci est tenu d’accomplir ce pourquoi il a été payé. Sinon, sa statue est malmenée et pour finir, on le punit en lui tournant la face contre le mur.

En Bretagne, Saint Yves est très populaire. C’est le patron des Avocats, des causes perdues, de la vraie justice.

Son pardon attire chaque année une grande foule dont des avocats du monde entier

Mais il existe aussi un double à  Saint Yves : Saint Yves de Vérité.

C’est un avocat lui aussi mais à vocation vengeresse. On peut, par l’intermédiaire d’une voueuse, lui vouer quelqu'un dont on souhaite la mort.

Mais attention, il faut avoir le bon droit pour soi. Si celui qui est voué est réellement fautif, il dessèchera sur pied pendant 9 ou 12 mois. Dans le cas contraire, c’est le voueur qui périra.

 

III.    Les guérisseurs et rebouteux

 

Au début du siècle, pour se soigner on a recours aux propriétés guérisseuses de certaines herbes ou on va chez le guérisseurs ou le rebouteux.

Les guérisseurs sont un peu magiciens. Ils utilisent des formules en latin ou des mots mystérieux. Ils prescrivent des potions ou des onguents de leur fabrication.

A Saint Gérand ( près de Pontivy), le guérisseur, pour faire disparaître les dartres, préparait 9 brins de paille d’avoine présentant chacun un nœud. Avec chaque brin, il faisait 9 tours sur la dartre et récitait à chaque tour cette formule :
 

Dartre,

Dartre,

Ce n’est pas ici qu’est ta place !

Ta place est au feu à brûler

Ou dans la mer à te noyer.

 

 

IV.   Les sorciers

Du guérisseur au sorcier, il n’y a qu’un pas vite franchi.

On demande au sorcier ce que l’on n’obtient pas du prêtre (et vice versa).

Les sorciers permettent aux méchants de faire le mal et aux bafoués de se venger. Ils font et lèvent des sorts.

Si une série de malheurs s’abat sur une famille, c’est que celle-ci est victime d’un sort.

Très répandue alors, la crainte du jeteur de sorts n’est pas éradiquée de nos jours. En effet, en octobre dernier, on a pu entendre au JT de TF1 ou lire dans le magazine l’Express qu’une habitante de Saint Connec dans les Côtes d’Armor portait plainte contre un voisin qui l’accusait de jeter des sorts.

 

Parmi les sorciers les plus connus, on peut citer Naïa, la sorcière de Rochefort en Terre.

Entre autres, elle lisait les lignes de la main, avait le don d’ubiquité (on pouvait la voir à deux endroits différents en même temps), et des voix retentissaient quand elle invoquait un défunt.

Les Bretons pensent aussi qu’il existe des livres de sorcellerie comme L’Agrippa ou le Petit et le Grand Albert.

L’Agrippa est un livre dangereux. Initialement, seuls les prêtres possédaient l’Agrippa. Ils le recevaient le lendemain de leur ordination sans savoir d’où il venait. Ils le trouvaient sur leur table de chevet. L’Agrippa est signé du Diable et confère aux prêtres des pouvoirs extraordinaires dont celui de se transformer en gros chien noir.

 

Aujourd’hui encore des habitants de Plougrescant se souviennent avoir été terrorisés par le curé de la commune. Selon ces derniers, leur curé, Arthur Quérin, arrivé à Plougrescant en 1920, possédait l’Agrippa. Et lorsqu’il n’était pas content de ses paroissiens, il prenait son Agrippa et le lisait à l’envers. Ainsi, il se métamorphosait immédiatement en gros chien noir. Interviewés par Antoine Dumayet-Gallien pour un reportage diffusé sur France 3 en 2004, des habitants se souviennent avoir vu ce chien. Une dame témoigne qu’il avait de drôles d’yeux, des yeux d’homme.

D’autres n’osaient aller au bal de crainte de rencontrer ce fameux chien.

Après la guerre, les jeunes gens en ont eu assez. Alors, un père de famille tira avec sa carabine dans le derrière du chien et le chien s’en alla. Le témoin raconte que le lendemain le curé était couché avec du plomb dans les fesses. Il n’y avait donc aucun doute, c’était bien lui qui se transformait en chien.

 

 V.    Croyances autour de la mort

a.     Les intersignes

 L’intersigne est une image, un son, une phrase que quelqu'un qui est sur le point de mourir adresse à un vivant.

Les intersignes permettent d’être averti à l’avance de la mort d’un proche.

Si l’intersigne est aperçu le matin, c’est que l’évènement annoncé doit se produire à bref délai (8 jours au plus). Si c’est le soir, l’échéance est plus lointaine, elle peut être d’une année et même davantage.

La vue de certains animaux à certains endroits peut annoncer un deuil comme des pies qui frappent aux carreaux, des coqs qui chantent la nuit… mais aussi des bruits inexpliqués (une fenêtre qui bat alors que tout est fermé).

b.     L’Ankou

L’Ankou, c’est la personnification de la mort.

C’est selon les régions soit le dernier mort de l’année soit le premier de la suivante qui tient ce rôle dans chaque  paroisse.

C’est un homme décharné ou un squelette, parfois couvert d’un linceul, qui porte une faux emmanchée à l’envers.

L’Ankou passe de village en village accomplir sa sinistre besogne. Il est accompagné d’une charrette grinçante dans laquelle il entasse les cadavres et c’est le bruit grinçant qui annonce sa venue et remplit de terreur ceux qui l’entendent.

 

c.     Les revenants

Dans toute la Bretagne, les histoires de fantômes, de revenants ou d’âmes errantes sont très fréquentes dans les années 1900. Les défunts reviennent sur terre pour expier les fautes qu’ils ont commises durant leur vie.

Certains d’entre eux sont damnés pour l’éternité et leur errance est donc sans fin : ce sont les adultères, les pendus, les meurtriers.

*     *     *

Ces croyances et superstitions peuvent à notre époque bien rationnelle vous paraître d’un autre âge. Pourtant beaucoup de ces croyances demeurent encore même si le Breton en parle moins.

Et puis nous sommes sans nul doute toujours superstitieux, il suffit de voir le succès du loto  pour les tirages ayant lieu un vendredi 13.

Et puis de  nouvelles croyances naissent encore exemple : l’ours de Ploezal (22).

En 1997, de nombreux habitants de Ploézal affirment avoir vu un ours. La gendarmerie s’est donc déplacée et une grande battue a été organisée mais on ne la encore jamais trouvé. Existe-t-il ou non ? C’est un mystère qui chaque année fait parler de lui lors de la « Course de l’ours ».

Ces croyances ou superstitions que l’on vient de voir sont loin de représenter l’ensemble de celles-ci. Elles ne sont pas non plus toutes typiques de la Bretagne. Vous en avez peut-être de semblables chez vous. Sinon, n’hésitez pas à venir les découvrir, les bretons vous accueilleront à bras ouverts.


 

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