Menu


Accueil
Fédération
Provinces
Spectacles
Formation
Festivals
Payse de France
Us et Costumes
Liens


Le Collectif des Fédérations Nationales des Arts et Traditions Populaires


Contact

C@urriel

Tél. : 01.42.07.11.00

Us et Costumes N°24

Le Journal de la Fédération Nationale du folklore Français
 

MARIÉES DE BRETAGNE

Comme dans la plupart des provinces de France, le costume de mariée en Bretagne suit la mode traditionnelle : il s'agit le plus souvent du costume de fête, agrémenté d'accessoires particuliers à la cérémonie nuptiale. La coiffe elle-même n'est que rarement différente de celle des occasions moins solennelles ; elle est seulement plus ornée, plus riche. La broderie en pouvait être particulière (nombre de fleurs brodées, par exemple), mais même cela était loin d'être la règle.
Aujourd'hui, la tenue de mariée ne sert qu'une seule fois. Il n'en allait pas de même auparavant : "lever un costume", surtout de noce, demandait un tel effort financier qu'il était inconcevable de ne pas pourvoir "rentabiliser" l'habit par la suite. Porteur de nombreux indicateurs sociaux, il devenait alors la "bannière" familiale, celle qui rappelait à tous le rang, la richesse et l'honneur de la famille. Il était ainsi régulièrement ressorti pour les grandes occasions, en particulier lors des pardons, fêtes religieuses locales majeures où il convenait de faire honneur non seulement au saint vénéré ce jour-là mais aussi (et surtout ?) à sa paroisse et à sa famille, dont on arborait fièrement les couleurs.
Ce n'est qu'après la naissance des premiers enfants que ce costume s'endormait quasi définitivement. La coiffe pourrait servir une ultime fois, pour parer sa propriétaire pour le dernier voyage.
Il était rare que le costume se passe de mère en fille, pour une raison assez simple : la fille ne pouvait porter un costume ou une coiffe passés de mode. L'honneur de la famille en eut pris un coup ! Au pire, on retaillait l'ancien costume pour le mettre au goût du jour mais jamais une jeune mariée n'aurait arboré le costume porté par sa mère tel quel.
Dans les derniers temps de la tradition vestimentaire, c'est à dire vers 1930-1945, on a vu quelques costumes blancs (ivoire, plutôt), comme "à la ville". Ce fut une mode éphémère et caractéristique d'une désaffection du costume : on se mariait alors encore en "bretonne" mais coiffe et costume étaient ensuite généralement abandonnés. Il s'agissait en somme d'une transition entre la tradition et la mode citadine. Non que les costumes blancs aient été totalement inconnus en Bretagne mais ils n'étaient pas d'usage pour la noce, ils servaient plutôt pour la première communion. A Quimper, au milieu du XIXe siècle, la mariée changeait trois fois de costume et seul celui du deuxième jour était blanc, celui du premier jour, celui de la cérémonie, était d'un rouge éclatant !
Ce qui marque l'état de mariée est donc constitué d'éléments amovibles. Ce sont des parures de tête, de cou, de taille et, plus tard, de main.
·         La tête est parée d'une couronne (cercle) ou d'un diadème (demi-cercle). Il peut s'en échapper des brins ou rubans retombant dans le dos, généralement deux.
·         Sur les épaules et autour du cou, une guirlande de fleurs descendait rejoindre la taille.
·         A la taille ou au corsage, un bouquet était piqué, d'où tombait une guirlande jusqu'au bas du tablier.
·         Les derniers temps de la tradition ont vu l'apparition du bouquet, porté à la main.

Selon les régions, selon les époques, ces différents éléments se combinaient en une infinité de possibilités différentes.

Ce sont ces fleurs, souvent des fleurs d'oranger en cire, qui manifestaient la qualité de la jeune mariée, sa virginité (et donc son honorabilité…). Mais là encore, le blanc n'est pas exclusif : la couronne de mariée de Châteaulin est certes à dominante blanche mais elle comporte aussi des fleurs , des perles, des rubans de couleur (voir ci-dessous).

Mariée de Châteaulin (Finistère)

époque  1890-1900

Le costume de base se compose d’une jupe et d’un corsage agrémentés de velours, d’un tablier, d’une pièce de poitrine appelé « croisé », d’un col rond, d’une coiffe à ailes relevées et maintenues rigides par une paille.
Pour le mariage, cette base s’enrichit et s’agrémente d’éléments festifs particuliers.
Le tablier est clair, souvent de moire ou de satin broché, orné de dentelle noire, crème ou blanche, avec éventuellement des ornements de jais ou des nœuds de rubans. 
Les manches s’ornent de manchettes doubles (noires sur blanches) et d’ornements en perles de jais, le croisé devient blanc et se couvre de fleurs et de plumes de cygne de même qu’une couronne (la « cocarde ») entoure la coiffe dont les ailes se font plus larges. Un bouquet s’accroche à la ceinture, duquel tombe une guirlande jusqu’au bas du tablier. Enfin des bijoux comme une chaîne de montre peuvent terminer la parure et les mains se cachent dans des gants de dentelle blanche au crochet.
Ce costume sera à nouveau porté (mais sans le bouquet de corsage) lors des grandes cérémonies, en particulier lorsqu’une femme est désignée pour porter une statue ou une bannière lors d’un pardon (procession).
Mariée de la Presquîle de Rhuys (Sarzeau) – époque 1910-1920
Composé d’une robe de drap dont la jupe et les larges manches sont garnies de velours, d’un tablier ample à petit devantier, d’un mouchoir de cou et d’une guimpe, ainsi que d’une coiffe posée sur un bourrelet de velours recouvert d’une résille de dentelle, ce costume s’éclaircit et s’enrichit pour le mariage.
Le tablier de velours est brodé au fil de soie, les manchettes et la guimpe sont brodées sur tulle, la résille est réalisée au crochet. Le mouchoir de cou, noir et en velours sur la semaine devient blanc en dentelle ou en tulle brodé ou encore en dentelle d’Irlande pour le mariage. La plupart de ces pièces sont réalisées à la main (Ici, seul le mouchoir de cou ne l'est pas).
La cérémonie nuptiale se marque spécifiquement par une couronne et un bouquet de corsage ainsi que par les ailes débrassées de la coiffe, ailes habituellement épinglées sur le fond. Les ailes débrassées sont un signe cérémoniel fort : elles sont disposées ainsi pour les cérémonies religieuses importantes (mariage, deuil), comme si les ailes relevées étaient jugées immodestes en de telles circonstances (à noter qu'à Châteaulin, cette façon de faire n'est utilisée que pour le deuil).
Ici aussi, la tenue se complète par des gants de dentelle et des bijoux comme la chaîne de montre ou le cœur de cou monté sur un ruban de velours noir.
Costume de mariée du Pays Bigouden
(Pont-l’Abbé) – époque 1945
Il se compose d’une jupe en velours, d’un tablier enveloppant, d’un corsage à deux pans croisés sur la poitrine, et d’une coiffe elle-même composée d’un bonnet de cheveux sur lequel tout est échafaudé : le dalet, la coiffe et les lacets. Montage compliqué, savant et périlleux : il faut que l’ensemble soit solidement arrimé pour résister au vent qui balaie habituellement le Pays Bigouden !
Le costume de mariage est un costume de cérémonie (tablier clair, souvent blanc, gilet brodé et coiffe ajourée) auquel on ajoute certains signes particuliers au jour des noces : du duvet de cygne autour du gilet et au bas du tablier, un diadème de fleurs et une cocarde de satin blanc perlé ou brodé que l’on pique derrière l’oreille gauche, côté qu’occupera le nœud des lacets après le mariage. Cette cocarde ne sera portée que ce jour-là. Elle pourra servir ensuite à confectionner les rubans du bonnet du premier-né.
Les broderies du gilet étaient réalisées par des brodeurs professionnels. Seules les femmes les plus riches pouvaient en faire la coûteuse acquisition. L'artiste-artisan était alors hébergé chez sa cliente durant toute la réalisation de ce qui se devait d’être un chef-d’œuvre ! D’ailleurs, le brodeur avait l’habitude de laisser l’aiguille dont il s’était servi piquée quelque part dans l’ouvrage pour signifier que cette aiguille ne servirait plus jamais. 
Chaque motif de broderie a une signification : chaîne de vie, planète, plume de paon (emblème du Pays Bigouden – ici, sur les manches),corne de bélier, etc. Autant d’indications sur l’état de la personne, son caractère, son métier, voire ses ambitions ! De même, la couleur déterminait la qualité de l'ouvrage : la couleur la plus prisée (et la plus chère…) était le jaune éclatant, comme ici, mais on trouvait aussi de l'orange vif et du rouge. Ce dernier était souvent jugé plus masculin.
Ces broderies, formant une carapace dorée, sont uniques en Bretagne. De fait, elles ont depuis longtemps tellement impressionné qu'on leur a trouvé une origine tantôt exotique tantôt antique. En réalité, leur évolution radicale et originale a fait oublier des origines communes avec les broderies des terroirs voisins restées plus proches des modèles véhiculés par les revues de mode citadines. A Quimper, on brode des fleurs "Louis XVI" alors qu'à Pont-l'Abbé, on voit fleurir ces volutes et ces plumes de paon si caractéristiques.
Ces trois costumes de mariée  proviennent tous de Basse Bretagne : deux de Cornouaille (Châteaulin et Pont-l'Abbé) et un du Morbihan (Presqu'île de Rhuys). Chronologiquement successifs, ils sont l'expression d'une esthétique paysanne sûre d'elle-même, soucieuse d'une certaine décence, ancrée dans la tradition, mais avide néanmoins de sacrifier à la mode et d'aller de l'avant.
 Vincent Roussel
(janvier 2003)
Cercle Celtique LABOUR HA KAN

 

Toute reproduction est interdite sans l'accord de la Fédération Nationale du Folklore Français.
Conception GDB pour la Fédération Nationale du Folklore Francais.