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Us et Costumes N°23

Le Journal de la Fédération Nationale du folklore Français

Le Costume Paysan de la région de

VANNES – AURAY

(Morbihan)

Le costume que nous portons tous les deux est la dernière version du costume paysan de la région de Vannes et d’Auray, c’est-à-dire le costume porté après la Seconde Guerre mondiale. Le costume masculin ne se porte plus guère aujourd’hui, sa désaffection ayant commencé dès le premier quart du XXe siècle. Par contre, il n’est pas rare de voir encore aujourd’hui des femmes âgées porter la coiffe et parfois même le costume entier, par exemple lors d’une cérémonie religieuse. Il s’agit donc de deux costumes récents mais néanmoins parfaitement authentiques, ayant beaucoup évolué au cours des décennies, surtout le costume féminin.

Le costume féminin

Il se compose d’une robe (corsage attaché à une jupe), d’un tablier ample à grand devantier, d’une parure de cou composée d’un col et d’une guimpe et enfin d’une parure de tête composée d’une sous-coiffe et d’une coiffe. A cet ensemble de base, il convient bien sûr de rajouter des dessous (jupon, …), des chaussures, etc. On peut aussi terminer la touche finale avec des gants de dentelles et des bijoux. Cependant, il convient de distinguer l’indispensable de l’accessoire, bien qu’en matière de mode, il est parfois difficile de distinguer l’un de l’autre ! Il faut aussi se rappeler que ce costume est récent, qu’il a évolué encore jusqu’à ces dernières décennies et donc que la profusion de modèles, de matières, de nouveautés en tous genres et de tous les goûts a pu influencer les Vannetaises et les Alréennes, soucieuses comme partout de suivre le vent, dans les limites de la tradition (réglant l’indispensable).

C’est donc à la lumière de ce qui précède qu’il convient d’analyser les différentes pièces du costume féminin.

La robe est le plus souvent de fin drap noir, mais aussi parfois, de satin, de crêpe voire de velours frappé, surtout dans les derniers temps. Le corps est rendu rigide par une doublure de toile forte ; il est lacé sur le devant. Les manches sont évasées et larges (manches « pagodes »), la jupe ample (compter 2,50 à 3 mètres de tour) atteint le bas du mollet, guère plus haut, même de nos jours. Sur ce fond de robe, on rajoute des parures de velours dans le dos, sur les manches et sur la jupe. Le résultat : une robe de plusieurs kilos. Mais ces velours sont essentiels puisqu’ils sont ornements et surtout qu’ils permettent d’indiquer à la fois la fortune et l’origine de la personne ! Les dernière robes s’ornaient de « perlés » : une bande de velours garnie d’une guirlande de perles de jais à la limite du velours et du drap de la jupe. On mettait autrefois un soin tout particulier à orner la partie arrière de la jupe puisque c’est là qu’un futur galant allait vérifier que celle qui l’intéressait était bien du même rang social que lui ! Et pas question de tricher, les couturières et le qu’en-dira-t-on étaient là pour éviter les miroirs aux alouettes ! Chacun à sa place ! Les cajoleries ou les larmes n’y pouvaient rien !

Le tablier, très ample couvre tout le devant de la jupe et même une partie des hanches. Un devantier s’évase de la pointe sur l’estomac aux épaules. Vaste surface qui offre une merveilleuse occasion d’étaler sa fantaisie (et sa fortune !). C’est donc le tablier qui sera l’ornement essentiel du costume, avec les parures de tête et de cou. C’est aussi lui qui marquera nettement les occasions : travail, simple sortie, petit dimanche, dimanche carillonné ou noces mais aussi fantaisie de la jeunesse, réserve de la femme mariée (rangée …), tristesse du deuil. Nous décrirons ici le « beau tablier », celui du « grand costume ». Il peut être de tissu léger (satin, crêpe, velours ciselé) ou plus lourd en velours de soie dit « à la clef ». Ce velours est aujourd’hui introuvable et est remplacé par du velours de coton, parfois mêlé de soie. Le décor le plus simple est celui du tissu lui-même (broché, imprimé, à motifs ciselés). Les plus richement travaillés sont les tabliers brodés soit de motifs en fils de soie de couleur (peinture à l’aiguille) soit en broderie « Richelieu », dont les motifs sont découpés jusqu’à, parfois ne laisser du tablier qu’une somptueuse toile arachnéenne, tout le tissu ayant fait place à la broderie ajourée. Les derniers tabliers sont peints, souvent sur des velours sombres, pour faire ressortir les motifs : ils offrent l’avantage de flatter l’œil comme la broderie mais de n’en avoir pas le prix !

Les pièces de lingerie sont les pièces les plus luxueuses ; elles ornent les poignets, le cou et la tête.

Une paire de manchettes de dentelle ou de tulle brodé ou simplement parfois de léger plissé orne le bas des manches. Ces manchettes peuvent être amovibles (anciennes) ou cousues au bord des manches (modernes).

Une guimpe et un col, généralement assortis, accompagnent les épaules et le cou. La guimpe se glisse dans l’ouverture de la robe, juste au-dessus du devantier du tablier ; ainsi elle lui est parfois attachée et dans ce cas forme comme un liseré tout au long de sa bordure supérieure. Le col est plat, se retournant et s’étalant dans le dos, parfois assez bas. Les plus somptueux sont de tulle brodé à la main. Ils font alors la fierté des porteuses et tous les excès sont permis ! Ce sont ces cols qui ont redonné au costume paysan une nouvelle faveur face à la mode citadine vannetaise qui les remplace par une mouchoir de cou de velours brodé et qui fut un temps préférée par les paysannes.

Mais la marque la plus éclatante de fierté des Bretonnes est incontestablement la coiffe qui fait l’objet de tous les égards et de tous les sacrifices s’il le faut. Il faut d’abord préparer les cheveux en construisant un chignon à partir de deux nattes. Celles-ci servent alors à retenir la sous-coiffe, la « coiffette ». C’est elle qui est la base de tout l’édifice, elle doit donc être bien ajustée et solidement fixée au moyen d’épingles. Quatre ou cinq suffisent si elles sont judicieusement placées et soigneusement piquées et tournées. La coiffette est de tulle, souvent brodé, d’autant que le fond de la coiffe est de gaze transparente et qu’on ne perd aucune occasion quand il s’agit de coquetterie ! La coiffe proprement dite est un rectangle de gaze ou de tulle uni, bordé de dentelle, dont la partie arrière est munie d’une coulisse qui permet de former la poche pour le chignon. A partir d’une coiffe très simple, les Vannetaises ont élaboré une forme originale en relevant et en rabattant la visagière en arrière et en la marquant d’un pli, ce qui souligne en accent grave l’ovale du visage. Tout est ici affaire de plis, de tensions infimes mais savantes pour donner l’élégante réserve de cette coiffe, à la douceur très « vannetaise ». Cette coiffe doit à son facile entretien d’être portée dans une cinquantaine de communes, ce qui est très exceptionnel en Bretagne où chaque paroisse mettait un point d’honneur à se distinguer des voisines. D’un bout à l’autre de son territoire, elle ne montre qu’assez peu de différences, difficiles à distinguer pour un œil non averti. La fantaisie et la coquetterie des femmes jouent au moins autant que les distinctions locales dans ces variations.

Pour parachever ce costume, surtout pour le « grand costume », des accessoires viennent s’ajouter : chaîne de montre en sautoir, croix jeannette fixée à un ruban de velours noir voire collier et bracelets fantaisie dans les derniers temps de la tradition. Enfin, une paire de gants de dentelle blanche vient s’accorder aux manchettes. Les chaussures ne sont pas tributaires de la tradition : tout est donc permis en théorie, à chacune d’accorder son choix à l’esprit du costume. Une paire d’escarpins noirs classiques est généralement la solution la plus satisfaisante. Tout est ici affaire de goût …

Même lorsque robes et tabliers ont été définitivement délaissés, il n’est pas rare que subsiste la coiffe avec le tailleur de ville tant celle-ci demeure l’expression forte de l’identité, d’une certaine conception de l’apparence, faite d’élégance, de tradition, de fierté et … de coquetterie.

Le costume masculin

 

Comme souvent, le costume masculin offre moins d’exubérance que le costume féminin, sans doute parce qu’il est moins en représentation que ce dernier. De même, alors que les femmes faisaient évoluer leur apparence avec les années, surtout récemment, les hommes sont restés fidèles au modèle né au tournant du siècle dernier. Il est vrai qu’ils ont cessé de le porter très tôt, souvent dès leur retour de la Grande Guerre. Les dernier porteurs traditionnels se sont éteints avec le siècle qui vient de finir.

Le costume se compose d’un gilet croisé largement ouvert sur la poitrine, d’une veste courte et d’un chapeau.

Le gilet est soit de drap noir, soit de velours de couleur ou même de satin de couleur. Dans ces deux derniers cas, il est alors à petites fleurs ou, plus rarement, brodé de soie. Les revers de l’encolure et des poches sont garnis de velours noir, de même que le col quand il y en a un. Souvent une chaîne de montre barre le ventre, seul véritable bijou masculin si l’on excepte l’anneau conjugal.

La veste reprend les grandes lignes du gilet mais en ajoutant des manches et en adoptant exclusivement le drap noir, la qualité de celui-ci faisant le prix du costume. Elle possède obligatoirement un col droit et rigide sur la nuque.

Le chapeau est, pour le paysan breton, l’équivalent de la coiffe des Bretonnes. En effet, c’est lui qui « marque » son porteur, qui lui donne de l’allure et sur lequel reposent les règles du savoir-vivre et de l’honneur. C’est lui qu’on abandonnait en dernier, que l’on continuait de porter avec le complet citadin. Enlever son chapeau manifestait une profonde marque de respect, souvent réservée à Dieu et aux morts. Le couvre-chef de Vannes est large, à la calotte ronde (oui, je vous entends déjà !…), couverte d’une bande de velours qui forme à l’arrière deux guides tombant bas dans le dos. Le bord est également gansé de velours.

Comme pour son équivalent féminin, le costume masculin n’offre que peu de variantes d’un bout à l’autre de son territoire. L’origine géographique peut se repérer à la présence ou l’absence d’un col au gilet, à la taille du col de la veste, à la couleur et au tissu du gilet ainsi qu’à la disposition des boutons ou des parements de velours de celui-ci.

La chemise suit la mode ou le goût du porteur : à col droit, elle sera sans cravate, éventuellement avec un nœud ; avec un col, elle s’ornera d’une cravate, d’un nœud ou d’un lacet noir. Le pantalon et les chaussures sont citadins et sans caractéristiques locales.

Ces deux costumes se caractérisent donc par leur relative sobriété voire leur modestie, comparés aux guises exubérantes de la Cornouaille finistérienne, y compris masculines. En cela, ils correspondent parfaitement au tempérament vannetais, fait de mesure et de douceur, tout comme la musique ou la langue de la région, à l’image des paysages aussi.

 

Vincent Roussel
Labour Ha Kan, avril 2002

 

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