Menu


Accueil
Fédération
Provinces
Spectacles
Formation
Festivals
Payse de France
Us et Costumes
Liens


Le Collectif des Fédérations Nationales des Arts et Traditions Populaires


Contact

C@urriel

Tél. : 01.42.07.11.00

Us et Costumes N°12

 

La Bûche de Noël

 

Si la bûche de Noël est maintenant un gâteau, il n’en a pas toujours été ainsi. Jusqu’à la guerre de 1870, le mode de chauffage, le seul utilisé dans les campagnes, était le chauffage au bois et la bûche que l’on mettait dans l’âtre la veille de Noël était l’objet d’attentions particulières car un certain nombre de croyances y étaient attachées.

C’était un gros tronc d’arbre - parfois même la souche - de 1,20 à 1,50 mètre de longueur et plusieurs hommes étaient souvent nécessaires pour le transporter, vu son poids. Il avait été minutieusement repéré dans le courant de l’année pour sa grosseur et conservé plusieurs mois dans un endroit très sec.

L’arbre choisi était très souvent un arbre fruitier (noyer en Lorraine, pommier à Manaille nous dit Frédéric Mistral dans ses Mémoires) et parfois un chêne (Berry) ou un hêtre assimilés aux fruitiers car les porcs mangent les glands et l’on fait de l’huile avec les faines.

A l’approche de Noël la bûche était décorée recevant une guirlande de bruyère et de genièvre (Orléanais) de gui ou de lierre (Bretagne).

Le 24 décembre au soir le chef de famille aidé par tous les hommes de la famille ou seulement par le plus jeune de ses fils allait chercher la bûche et la déposait sur les landiers de la cheminée. La, pièce avait été nettoyée au préalable et l’on avait ramoné le conduit de la cheminée à l’aide d’une grande perche terminée par un fagot d ’épines.

Toute la famille s’agenouillait devant la cheminée. Le chef de famille ou la maîtresse de maison, parfois le plus jeune fils prenait alors de l’eau, du vin (Bresse) quelquefois du sel (Poitou) et aspergeait la bûche en se servant du buis béni lors de la messe des Rameaux précédente et en récitant une prière, souvent un Pater.

La bûche était allumée. Selon les localités, le feu devait durer toute la nuit ou trois jours - d’où le nom de tréfeu, trefouet, trefoir qui lui était donné (tréfeu en Bretagne) - jusqu’au 1er janvier (Aunis, Saintonge) ou 2 janvier (Bourgogne) voire jusqu’aux Rois. Chaque matin, la flamme était ravivée avec des débris encore en ignition.

La nuit de Noël une personne ou plusieurs restaient à la maison pour entretenir le feu (son extinction était cause de catastrophes) , empêcher les voleurs et veiller à ce que les sorciers ne puissent pratiquer leurs maléfices en l’absence de la maisonnée partie assister à la messe de minuit.

Dans certaines localités on éteignait la bûche le matin du 25 décembre pour la rallumer le 31 décembre au soir et encore la nuit des Rois.

La coutume voulait que l’on recueillât soigneusement les cendres et les charbons carbonisés car ils possédaient des valeurs bienfaisantes.

Eparpillés dans les jardins et les champs ou au pied des arbres fruitiers on était assuré de belles récoltes. Jetée dans le puits de la ferme, la cendre protégeait des empoisonneurs. Répandues sur le sol les cendres faisaient disparaître les taupes, mulots, chenilles, limaces, etc... (Yonne). Mêlées à la boisson des animaux malades elle les guérissait ; de même elle facilitait le vêlage et assurait une bonne lactation (Yonne). Elle protégeait aussi les blés de la rouille et de la carie. Dans le Morvan, les cendres de la bûche de Noël dispersaient les serpents.

Tisonner les braises ardentes permettait de compter les étincelles qui jaillissaient : c’était autant de gerbes de blé qu’on récolterait sauf en Côte d’Or à Messanges où celui qui tisonnait la bûche ne tardait pas à voir apparaître des furoncles sur... son derrière. Par ailleurs les cendres ne devaient jamais être employées pour la lessive car cela aurait porté malheur.

D’autres bienfaits étaient attendus des charbons carbonisés : placés sous le lit, ils écartaient les parasites et empêchaient d’avoir des engelures aux talons ; dans le grenier, ils chassaient les souris ; rallumés au moment des orages, ils protégeaient les habitations de la foudre.

Les jeunes filles désireuses de se marier prenaient un soin particulier à entretenir le feu car s’il bien trois jours, elles étaient assurées de trouver un mari dans l’année.

Enfin la portion de bûche non consumée au bout du temps requis par la coutume était précieusement rangée dans l’armoire familiale, derrière la pile de linge. L’année suivante, en Aunis et Saintonge, on la ressortait et répandait sur elle de l’eau et du sel puis la rallumait en même temps que la nouvelle bûche.

La tradition de la bûche de Noël a pris vers 1870 par l’utilisation des poêles et du charbon de terre. C’est également l’époque de la naissance d’une nouvelle tradition, celle du sapin, que répandirent les Alsaciens-Lorrains ayant choisi la France après le désastre de Sedan.

 

Addendum

Quelques noms locaux de la bûche de Noël :
 

Le Mouchoir en Angoumois

La Hoche en Argonne

La Cosse de Nau en Berry

La Suche ou la Cosse en Bourgogne

La Coque en Champagne

La Tronche en Franche Comté

L’Escalbe de Nadau en Gascogne

La Souque en Ile de France

La Cheuche de Noé en Morvan

Le Chuquet en Normandie

La Cosse en Poitou et dans certaines localités le Trifongeou ou Trifougeau

Le Cacho fio en Provence

Le Souquo naudolenque en Rouergue

Enfin comme il a était dit plus haut Tréfeu, tréfoué, taufau, tréfoir nom adopté par plusieurs provinces dont l’étymologie " tres foci " indique que la grosse bûche devait brûler trois jours en se consumant lentement sans faire de flamme.

 

Toute reproduction est interdite sans l'accord de la Fédération Nationale du Folklore Français.
Conception GDB pour la Fédération Nationale du Folklore Francais.